Jerome

Reader

Read texts in the original and in translation.
Settings
Not signed in
Find in Jerome
You can also type short locations such as 1, 1.1, 1:2, or 1-3 inside the current work.
History of the Peloponnesian War
Thucydides (thucydides)History introduction.p1 · 1st1K-fre1More by Thucydides (thucydides)
Choose a text id="mobileReaderAuthor" class="mobile-reader-author" href="/authors/thucydides" aria-label="More works by Thucydides (thucydides)"> —
⋯
More
Original / primary: 1st1k Fre1
introduction.p1
introduction.p1
Les seuls renseignements certains que nous possédions sur la personne de Thucydide se tirent de quelques passages de son livre. Les autres données qui se rencontrent çà et là, notamment dans les deux biographies, dont Tune est attribuée à Marcellinus et l’autre est anonyme , sont d’une date trop récente pour avoir beaucoup d’autorité. Aussi, sans entrer dans des détails d’un intérêt secondaire, nous bornerons-nous à rapporter les circonstances les plus essentielles de la vie de Thucydide, celles qui ont eu quelque influence sur sa carrière d’historien.
introduction.p2
introduction.p2
Thucydide s’est nommé en plusieurs endroits de son ouvrage, comme s’il eût craint que le titre ne se perdit. En tête du livre, il prend la qualité de citoyen d’Athènes; une seule fois (Liv. IV, chap. civ), il ajoute à son nom celui de son pôre Oloros ; c’est lorsqu’il se cite lui-même en qualité de fonctionnaire public.
introduction.p3
introduction.p3
Tous les témoignages de l’antiquité s’accordent à représenter Thucydide comme appartenant par sa naissance à la famille de Miltiade et de Cimon. Le nom même de son pôre Oloros semble avoir été emprunté à cet ancien roi de Thrace dont Miltiade devint le gendre dans le temps où il gouvernait la Chersonèse pour le compte des Athéniens. Mais à quel degré Thucydide était-il parent du vainqueur de Marathon, c’est ce que aucun auteur n’a eu le soin de nous apprendre.
introduction.p4
introduction.p4
Selon Marcellinus et le biographe anonyme, Thucydide épousa une femme de Scapté-Hylé, nommée Hégésipyle, comme la mère de Cimon. Il dut à cette alliance les fameuses mines d’or qu’il possédait en Thrace, et dont il fart mention au Livre IV, chap. cv. Thucydide il est vrai, ne parle que de l’exploitation et non de la propriété de ces mines; or, comme depuis la conquête de l’Ue de Thasos, les Athéniens s’étaient rendus maîtres des mines du mont Pangée, on peut aussi bien croire que Thucydide n’en était que le fermier. Au surplus ce détail a peu d’importance ; ce qui n’est pas douteux, c’est que notre auteur possédait une fortune considérable, qui lui assurait à la fois l’indépendance nécessaire à l'exécution d’un immense travail et les moyens de se livrer à la plus vaste enquête, en recueillant à grands frais les matériaux dont il avait besoin.
introduction.p5
introduction.p5
Pour ce qui est de son âge, la seule chose que Thucydide nous apprenne est qu’il assista à toute la durée de la guerre du Péloponèse, en pleine possession de toutes ses facultés (Liv. V, chap. xxvi). Selon Marcellinus, il avait plus de cinquante ans lorsqu’il mourut; or, comme cette mort est certainement postérieure à la prise d’Athènes, il faudrait admettre qu’au début des hostilités il avait à peine vingt-quatre ans, ce qui ne s’allie guère avec l’expérience politique et la sûreté de coup d’œil qu’il s’attribue dès les premières lignes de son histoire.
introduction.p6
introduction.p6
Aulu-Gelle (XV, xxm ) nous fournit une indication plus précise et beaucoup plus probable. Il l’emprunte à Pamphila, dame romaine qui vivait du temps de Néron, et qui avait recueilli un grand nombre de documents chronologiques. « Les historiens Hellanicos, Hérodote et Thucydide, disait-elle, fleurirent à peu près à la même époque; en effet, au commencement de la guerre du Péloponèse, Hellanicos pouvait avoir soixante-cinq ans, Hérodote cinquante-trois et Thucydide quarante. «La naissance de ce dernier serait donc reportée à l’an 471 av. J. C., date qui s’accorde bien mieux que la précédente avec les passages ci-dessus indiqués.
introduction.p7
introduction.p7
Nous savons peu de chose sur la jeunesse de Thucydide. Tout le monde connaît la gracieuse anecdote qui nous le montre assistant avec son père à une lecture publique faite par Hérodote, et révélant sa future vocation par des larmes d’enthousiasme et d’envie. Ce trait de l’enfance de Thucydide a été mis en doute. On objecte en premier lieu qu’il ne s’appuie que sur des témoignages très-modernes , les seuls auteurs qui le rapportent étant Marcellinus; Suidas et Photius; en second lieu, qu’il implique un anachronisme. S’il est vrai qu’Hé-rodote ait lu des fragments de son histoire à Olympie ou à Athènes, ce fait doit être nécessairement antérieur à l’an 444, où il quitta la Grèce pour aller s’établir à Thurii; nous avons d’ailleurs le témoignage formel de la chronique d’Eusèbe, qui fixe cette lecture à l’an 446 av. J. C. Or, à cette époque, Thucydide n’était plus un enfant; il avait au moins vingt-cinq ans, d’après la date que Pamphila assigne à sa naissance. Enfin cette anecdote serait fort peu en harmonie avec le caractère historique des deux écrivains. Loin d’être un admirateur d’Hérodote, Thucydide ne le nomme pas même; il critique ouvertement sa méthode, et ne perd aucune occasion de relever ses erreurs. A la vérité, cette dernière objection n’est pas sans réplique; une admiration juvénile excitée par une première audition pouvant très-bien se concilier avec un jugement plus sévère dicté plus tard par la réflexion et la maturité.
introduction.p8
introduction.p8
On a également contesté une autre assertion de Marcellinus, d’après laquelle Thucydide aurait étudié la philosophie sous Anaxagoras et l’éloquence sous Antiphon. En soi, le fait n’a rien d’improbable. Ces deux hommes éminents furent les contemporains et les aînés de Thucydide, et ils eurent trop d’ascendant sur la jeunesse athénienne pour qu’un esprit aussi investigateur que le sien ait pu ignorer leurs doctrines ou échapper à leur action; d’un autre côté l’opinion qui place Thucydide à leur école peut très-bien s’ètre formée après coup, et n’être qu’une simple induction tirée de la lecture de son histoire. Thucydide ne cite nulle part Anaxagoras; mais, dans ses explications des phénomènes de la nature, il manifeste une telle indépendance de jugement, un si grand éloignement des préjugés populaires, qu’on est porté à voir en lui un disciple du phÛosophe spiritualiste, dont la pensée s’éleva avec tant de hardiesse au-dessus des vieilles superstitions. Pour ce qui est d’Antiphon, il n’est pas impossible qu’on l’ait donné pour maître à Thucydide uniquement à cause du magnifique éloge que celui-ci fait de cet orateur. Tout bien considéré, nous sommes donc réduits aux conjectures sur la manière dont Thucydide passa les meilleures années de sa jeunesse ; mais ce qui est hors de contestation, c’est que ces années coïncidèrent avec l’époque la plus brillante de l’histoire d’Athènes. Alors sous la conduite de Cimon, cette ville établissait au dehors son empire; puis sous l’administration royale de Périclès, elle acquérait ce merveilleux développement intérieur qui lui a valu l’admiration des siècles. Assurément, on ne saurait imaginer un milieu plus favorable à l’éclosion d’un grand génie.
introduction.p9
introduction.p9
Il est naturel de se demander quel était, d’entre les partis qui divisaient Athènes, celui que Thucydide préférait. Sa naissance et sa fortune font assez naturellement supposer qu’il inclinait vers l’aristocratie; cela est d’autant plus probable qu’il avait personnellement à se plaindre d’une démocratie sans frein. Cependant malgré les torts de ses concitoyens envers lui, il ne laisse percer aucune amertume individuelle. S’il jette du blâme sur les partis, c’est seulement par crainte des dangers qu’ils font courir à la République. Pour lui, toujours dévoué à la patrie, il ne cesse pas de l’aimer et de la défendre, quelle que soit la forme de son gouvernement. Ce n’est pas à dire qu’il soit .indifférent à toute espèce de pacte politique; dans un passage significatif (Liv. VIII, chap. xcvii), il énonce clairement son opinion à cet égard. Athènes venait d’échapper à une crise réactionnaire, et s’était donné un régime sagement pondéré. Thucydide ne dissimule pas sa sympathie pour cette constitution équilibrée, qui tenait la balance égale entre les divers éléments de l’État : « C’était, dit-il, un heureux mélange d’aristocratie et de démocratie ; jamais de mon vivant les Athéniens ne furent mieux gouvernés. »
introduction.p10
introduction.p10
Du reste ce n’est pas dans Thucydide qu’il faut chercher l’exposition complète d’un système politique. Il évite avec soin tout ce qui ressemble au dogmatisme, aux formules générales et sentencieuses, à ce que nous appellerions des professions de foi; il veut que du simple énoncé des faits naisse la déduction des théories; en un mot, il aspire à instruire sans avoir l’air d’enseigner. Il n’est guère plus explicite sur les circonstances de sa vie active. S’il parle de lui, c’est lorsqu’il ne peut s’en dispenser ou qu’il y voit un moyen d’inspirer plus de confiance à ses lecteurs. Ainsi (Liv. II, chap. xlviii), à l’occasion . de la peste qui sévit à Athènes dans la deuxième année de la guerre, il nous apprend qu’il fut atteint lui-même, qu’il vit souffrir d’autres personnes, et put ainsi étudier de près la marche du fléau.
introduction.p11
introduction.p11
Dans la huitième année de la guerre (424 av. J. C.), Thucydide fut nommé l’un des dix généraux d’Athènes et envoyé sur le littoral de la Thrace avec une escadre de sept vaisseaux. Il se trouvait dans le port de Thasos, lprsque Amphipolis, colonie athénienne, fut attaquée à l’improviste par le Spartiate Brasidas. Thucydide, mandé par son collègue Euclès, accourut avec toute la célérité possible; mais il ne put prévenir la reddition de la place et se contenta de conserver aux Athéniens la ville maritime d’Êion (Liv. IV, chap. civ-cvn).
introduction.p12
introduction.p12
Ce contre-temps eut pour lui les suites les plue graves. Irrités de la perte d’Amphipolis, les Athéniens condamnèrent Thucydide comme coupable de trahison. D’après la loi, ce crime était puni de mort; toutefois, Thucydide ne parle que d’un exil de vingt années (Liv. Y, ch. xxvj) et, suivant Pausanias, la sentence qui le frappait fut révoquée après oet intervalle sur la proposition de l’orateur Œnobios (Pausan., I, xxm).
introduction.p13
introduction.p13
Ici se rencontre une difficulté historique. -Suivant les propres indications de Thucydide, la fin de son exil fut postérieure à la prise d’Athènes par Lysandre (Liv. V, chap. xxvi ) ; or on sait qu’un des premiers actes du vainqueur à cette époque fut le rappel des exilés (Xénophon, Helléniques, II, n, 23). Comment donc se fait-il que Thucydide n’ait pas été compris dans cette mesure générale, et que les portes de sa patrie ne lui aient été rouvertes que par un décret j particulier? Pour .résoudre ce problème, il faudrait supposer que Thucydide accusé de trahison, fut condamné à mort conformément à la loi athénienne; mais que, prévoyant ce dénoûment, il se garda de xevenir à Athènes après son échec d’Amphipolis et convertit lui-même la sentence capitale en bannissement perpétuel. Dès lors il n’était pas dans la catégorie des simples exilés, et se trouvait par conséquent exclu de la proclamation de Lysandre.
introduction.p14
introduction.p14
Quelle que soit, à cet égard, l’opinion qu'on préfère, il est constant que Thucydide passa vingt années loin de son pays natal. Ce-pendant, pour lui comme pour tant d’autres illustres victimes des vicissitudes politiques, l’exil servit la cause de la postérité, en faisant tourner à l’éternel honneur de l’intelligence humaine les admirables facultés qu’il eût peut-être dépensées dans les luttes du moment.
introduction.p15
introduction.p15
Lors même que ses biographes ne l’affirmeraient pas d’une manière positive, on présumerait sans peine que Thucydide passa la majeure partie de son exil dans son domaine de Scapté-Hylé, où il trouvait le calme indispensable à l’exécution du grand ouvrage qu’il avait conçu. Peut-être cet éloignement prolongé du centre des événements con-tribua-t-il à augmenter en lui cette sérénité impartiale avec laquelle il les a jugés. Dans cette retraite opulente, il recueillait les documents alors si difficiles à. se procurer; il interrogeait les témoins oculaires, et se livrait à ce travail opiniâtre de rédaction dont, plus qu’aucun autre, son livre porte les traces. Longtemps après la mort de Thucydide, la tradition populaire montrait, dans les environs de Scapté-Hylé, un platane vénérable, à l’ombre duquel il aimait à composer.
introduction.p16
introduction.p16
Thucydide nous apprend qu’il consacra une partie de ses loisirs à visiter les principaux endroits du théâtre de la guerre, et que son caractère de proscrit lui ouvrit les pays de l’alliance péloponésienne. Au défaut de son témoignage, nous en aurions une preuve suffisante dans l’exactitude minutieuse de ses descriptions de lieux. Qui pourrait s’imaginer, par exemple, que la topographie de la Sicile, surtout des .environs de Syracuse, ne soit pas de première main? Cette observation n’est pas nouvelle; déjà l’historien Timée s’en autorisait pour soutenir que Thucydide avait habité l’Italie, et même qu’il y avait fini ses jours.
introduction.p17
introduction.p17
Il régnait chez les anciens une grande obscurité sur le lieu et sur l’époque de la mort de Thucydide. On croyait généralement qu’il avait été victime d’un assassinat; mais les uns, comme Marcellinus plaçaient cet événement à Athènes; d’autres, comme Plutarque, à Scapté-Hylé en Thrace; enfin selon Pausanias, il aurait péri pendant son retour de l’exil. En présence de ces versions contradictoires, si l’on ne veut se jeter dans les hypothèses, il faut renoncer à démêler la vérité. La seule chose avérée, c’est que Thucydide fut enterré dans le sépulcre de la famille de Cimon, qui était la sienne. Plutarque et Pausanias affirment que son tombeau se voyait encore de leur temps, sur le chemin d’Athènes au Pirée, avec l’inscription : Ci-git Thucydide, fils d'Oloros, du déme d'Halimuse.
introduction.p18
introduction.p18
Cette mort inopinée explique fort naturellement l’état d’imperfec-ijon relative où le dernier livre de son histoire nous est parvenu. Il s’arrête brusquement à la vingt et unième année de la guerre, quoique l’auteur eût annoncé (Liv. V, chap. xxvi) qu’il conduirait son récit jusqu’au moment où les Lacédémoniens renversèrent la domination d’Athènes en s’emparant du Pirée et des longs murs. Apparemment Thucydide avait l’intention d’ajouter un neuvième livre à ceux qui nous restent, et de compléter ainsi le nombre consacré par les Muses d’Hérodote. Il en avait sans doute rassemblé les matériaux; aussi a-t-il pu parler de son histoire comme d’un tout entièrement achevé, bien que la perfection même qu’il désirait donner à son ouvrage ne lui ait pas laissé le temps d’y mettre la dernière main.
introduction.p19
introduction.p19
Il n’entre pas dans le cadre étroit que je me suis tracé d’apprécier littérairement l’histoire de Thucydide, d’analyser la méthode qu’il a suivie et de montrer avec quelles dispositions d’esprit il demande à être lu. Plusieurs écrivains français ont fait cette étude d’une manière à peu près complète ; qu’il me suffise d’en indiquer les principaux.
introduction.p20
introduction.p20
M. Daunou a consacré à Thucydide le dixième volume de son cours d'études historiques, ainsi qu’un article inséré dans la biographie de Michaud. MM. Didot, Zévort et Rilliet ont placé d’intéressantes notices en tête de leurs traductions. M. Pierron a traité sommairement le même sujet dans son histoire de la littérature grecque. Enfin M. Girard a publié sur Thucydide un essai remarquable récemment couronné par l’Institut.

Intertext edge

Open linked passage

Note